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Des vies de cauchemar

Vincent Bourg «Zocato»

en Sud Ouest (9-7-2004)

Les trois matadors furent pris à l’estocade.

Toros de Cebada Gago lidiados el 8 julio 2004

Trois peones le portent. Par-dessus l’épaule de l’un d’eux, Liria ne quitte pas des yeux le toro agenouillé au centre, blessé à mort. Ils courent vers l’infirmerie, s’emmêlent les pas, manquent de trébucher. A chaque mètre gagné sur le bloc, le visage de Pepin se fait plus livide. Les bras pendent, une tache de sang s’élargit à droite du boléro. On dirait une « descente de la Croix » du Caravage, un Christ blême à l’aube blafarde du mont des Oliviers battus par le vent. Dans ce tableau vivant où rôde un linceul, les arbres sont des hommes, le peon Ecijano II, un cyprès, Juan Carlos Cazanova, l’acacia médocain et Alfredo Garcia, le saule déjà pleureur des matins de nos marais. Ils ballottent ce corps entre les mains comme les parents affolés d’un énième bébé tombé sous les bombes. Pepin Liria disparaît sous les voûtes de la plaza. Des gens aux gants blancs ont allumé un grand soleil sur sa poitrine, ils l’ont déshabillé, il a plaisanté et s’est endormi avec 14 centimètres de cornada dans l’épaule, là où d’autres calent leur nounours.
La cuadrilla est revenue en piste montrer l’oreille. Elle a repris des couleurs, la blessure ne revêtant pas de caractère grave. Il n’empêche, la façon dont le premier Cebada accrocha Liria à l’estocade sentait l’oraison funèbre. En un quart de seconde, on vit le jabot déchiqueté, la chemise en lambeaux et le plastron arraché comme sur les photos jaunies des anciennes pendaisons chinoises. Alors que voulez-vous, pour les deux autres toreros restés sur le front de cette guerre noire, nous n’aurons que respect et admiration. Jetés en pitance de tarde en tarde, remerciés d’un cachet d’aumône, ils croiseront toutes les nuits de l’été les limousines de leurs confrères stars venus papillonner devant des toros trois fois moins armés et cent fois plus tendres. Il est bon de s’en souvenir. Ces légionnaires du toreo ont les mêmes cauchemars dans la pénombre qu’à la lumière des arènes. Luis Miguel Encabo sait sur le bout des ongles que l’histoire se répète. A Madrid, le 4 juin, il rejoint Liria pour une séance de bistouri. Au dernier toro, enroulé superbement à droite, il croit avoir rompu la malédiction oubliant que les Gago ont une mémoire revancharde. Il plonge l’épée, vole dans le ciel, se relève et hoche la tête. Il n’ose pas regarder sa cuisse trouée (25 cm). Juste une oeillade vers la porte des chirurgiens et son copain Pepin d’un air de dire : « J’arrive… » Quant à Angel Gomez Escorial, on avait aussi préparé un lit pour lui. Le cinquième toro a mis sa corne gauche dans la bouche du Castillan. Heureusement elle finissait sa course, un centimètre plus loin elle lui fendait le faciès.
A guichets clos. 21°4. La météo prévoit du bon.
Menu du jour : piments verts sur lit d’huile d’olive vierge et filets de sole aux queues de langoustine. 17,4. L’Alhambra, rue Bergamin.
Feria de Pampelune.–Pepin Liria : Une oreille après blessure. Luis Miguel Encabo : Vuelta, silence et une oreille après blessure. Angel Gomez Escorial : Silence et vuelta.
Six toros magnifiques de présentation des héritiers de José Cebada Gago (485 à 548 kg; moyenne : 516), encastés, diaboliques, et d’armures plus fines que des aiguilles d’acupuncteur. Six mercenaires. Douze piques.

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